Tous les partis politiques, à l’exception de l’UDC, soutiennent l’augmentation de la TVA « pour sauver l’AI ». Ce qui ne va pas sans poser certains problèmes de cohérence à gauche.

Discutez avec n’importe qui se réclamant de gauche, et vous sentirez assez vite poindre le malaise: la voie choisie par le Parlement pour donner un ballon d’oxygène à l’Assurance Invalidité crée un cas de conscience dans l’électorat.
Il ne s’agit pas, bien sûr, des Etat-majors de partis qui suivent sans ciller les mots d’ordre, mais bien d’un trouble au niveau des troupes, des électeurs, des sympathisants. Cela n’a rien de surprenant. Qu’ils soient socialistes ou d’extrême-gauche, ces gens ont quelques difficultés à avaler des prises de positions profondément contraires à ceux à quoi ils aspirent.
En effet, la solution adoptée par le Parlement (augmentation temporaire de la TVA et versement de 5 milliards de francs de l’AVS vers l’AI) foule aux pieds les valeurs dont se réclame la gauche.
La TVA est un impôt linéaire sur la consommation. L’UDC n’aime pas la TVA parce qu’elle contribue à la baisse du pouvoir d’achat en général. Mais la gauche ne l’apprécie pas pour une raison bien différente: parce qu’elle frappe avec la même force tous les consommateurs, d’une façon proportionnelle à leur consommation. En d’autres termes, les riches paieront plus de TVA, mais les pauvres, les chômeurs, les rentiers AVS et AI d’ailleurs, bref, tout le monde passera à la caisse de façon linéaire si l’augmentation du taux passe la rampe le 27 septembre.
La gauche hait la linéarité. Pour elle, rien de plus important que la progressivité de l’impôt. Pour les socialistes et leurs alliés, le cheval de bataille est donc plutôt de « faire payer les riches » (les riches étant une catégorie sociale assez floue, recouvrant dans les faits une bonne part de la classe moyenne). Les pauvres, les miséreux, les damnés de la terre, doivent être absous de toute contribution au budget de l’Etat.
Ce ne sera pas le cas si la TVA augmente le 27 septembre. Et dans ce cas précis, les rentiers AVS seront aussi de la partie, si l’on peut dire.
Tout cela peut se discuter, mais tout de même: il est surprenant de voir des mouvements de gauche si prompts à protester contre la baisse du pouvoir d’achat des familles modestes s’enthousiasmer pour une hausse de la TVA. Les mêmes qui applaudissent en même temps le troisième plan de relance de la Confédération – on appuie en même temps sur le frein et l’accélérateur! Et les voilà à marcher main dans la main avec EconomieSuisse…
La gauche osera-t-elle faire passer une mesure anti-sociale selon leur propre idéologie? Les socialistes sont-ils prêts à trahir et sacrifier les pauvres et les personnes âgées au nom du régime administratif de l’AI? C’est cela la lutte des classes selon les socialistes, une arène où se battent les uns contre les autres les rentiers AVS, les pauvres et les handicapés? Lamentable perspective.
Seuls les Verts semblent échapper à ces tourments, mais comme le répondit un militant serein face à cette gifle infligée aux pauvres: « On est pas des socialistes tout de même! »
Evidemment, il ne s’agit que d’une unité de façade. Le score du Non le 27 septembre dépassera de beaucoup l’électorat habituel de l’UDC, prouvant – une fois de plus! – le décalage entre les prises de position des partis et les sentiments de leur électorat.



Comments are closed.